Artelette a voulu illustrer ici une chaîne de cafés, si prisée des “Millennials”, qui propose des gobelets en carton pour servir toute une gamme de cafés plein de “toppings” très chers. Voilà qui s’oppose au café traditionnel, dans de vraies tasses.

Le monde jetable se perd

Éditorial - 17 déc. 19

Ça y est ! Les couverts et la vaisselle jetables sont ringards ! En 2020, on n’en est même plus au recyclable, non, on revient tout simplement au lavable. Ce n’est pas seulement plus vertueux, c’est surtout nettement plus rationnel. Encore va-t-il falloir joindre les actes à la parole. Et, finalement, ça ne va pas être si facile, reconnaissons-le. Allez, un petit effort…

Sans me poser en donneuse de leçons, parce que je suis très loin de faire preuve d’un comportement exemplaire, je souhaite modestement alimenter une réflexion puisque nous savons tous qu’il est temps de réagir à l’amoncellement de déchets et surtout de revenir à la raison.

Les consignes de Plastic Attack France

Les voici (en gras), souvent frappées au coin du bon sens, avec mes commentaires (en romain).

1. Au lieu de consommer de l’eau en bouteille, équipez-vous d’une gourde que vous remplissez d’eau du robinet.
Sachez-le : l’eau du robinet a déjà été inventée ! On le sait, elle est régulièrement contrôlée et n’est pas minéralisée. Sans parler de la logistique que suppose le transport des bouteilles.

À cette réserve près : les sociétés de traitement des eaux n’arrivent pas toujours à éliminer les résidus d’antibiotiques ou de médicaments divers et variés trouvés dans les eaux usées. Voilà qui mérite qu’on y réfléchisse.

Les eaux minérales, souvenez-vous, devraient être consommées presque comme des médicaments. Ou alors, prenez des eaux très pures comme pour les nourrissons.

2. Utilisez des tasses et verres réutilisables.
Tout le monde connaît cette brillante chaîne de cafés mondialement répandue qui vous vend des cafés dans des gobelets de trois tailles différentes. Outre la surabondance de calories contenues dans un seul gobelet, franchement, que peut-on trouver à une boisson bue dans un gobelet en carton ? Gustativement parlant, c’est pire que le plastique. Bref, une tasse qui se lave, ça consomme de l’eau, certes, mais le recyclage du carton aussi, je crois.

À ceux qui me répondent que l’eau est menacée de pénurie, je dirais que l’on fait la vaisselle dans un bac rempli d’eau savonneuse et qu’on la rince dans le bac d’eau claire ensuite. Sans laisser le robinet ouvert. Avant l’ère du lave-vaisselle, c’est ce qui se faisait. À ce propos, rappelons que le lave-vaisselle consomme assez peu d’eau. Fermez la parenthèse.

3. Refusez pailles et vaisselle jetables.
Dans ma lointaine enfance, dans la campagne autrichienne, j’ai le souvenir de vraies pailles… en paille. On en faisait même des travaux manuels, comme ces petits décors de Noël que l’on trouve encore parfois. Je me dis que des pailles en paille ne font de mal à personne. Biodégradables, et tout et tout.

Pour la vaisselle, comment refuser, dans des manifestations de plein air ou à des stands de foire, des assiettes jetables, d’autant qu’elles sont de plus en plus en plus en carton ? Il faudrait sortir avec son assiette et ses couverts ? Je ne dis pas non, mais il y a encore un gap à franchir. Quoique les fabricants de matériel de camping sachent inventer de la vaisselle rétractable : allez faire un tour Au Vieux Campeur ou même chez Nature & Découvertes, c’est surprenant.

Quant aux couverts en bois, vous avez essayé de manger avec ça ? C’est vraiment très désagréable. Biodégradables peut-être, mais non merci !

4. Mangez sur place et évitez les plats à emporter.
Techniquement, cette consigne, si logique soit-elle, est pas assez difficile à appliquer. Déjeuner tous les jours au restaurant n’est pas si facile, coûte cher, même avec des titres de restauration, prend trop de temps. C’est trop copieux et encore faut-il trouver de la place à l’heure du déjeuner. Reste à en revenir à la bonne vieille gamelle.

5. Emportez des sacs réutilisables avec vous.
Cette fois, il semble que les sacs réutilisables (et autres tote bags), ultralégers et pliables soient bel et bien entrés dans les mœurs. Réjouissons-nous ! Les enseignes les vendent un prix dérisoire pour en faire un objet de marketing intelligent. Monoprix en vend de jolis, mais leurs pochettes, dissociables, se perdent trop facilement, alors que les sacs Carrefour se replient sur eux-mêmes et entrent dans une poche intégrée, tel un K-Way®.

Apparaissent aussi de plus en plus de cabas en grosse cotonnade (Picard, Carrefour, etc.), pourvus d’une belle contenance, à porter à l’épaule.
C’est vraiment l’aspect des choses qui a le plus vite progressé.

6. Achetez en vrac et à la coupe avec nos contenants.
Si vous fréquentez les magasins bio, type Naturalia, Biocoop, Bio c’bon, etc., vous pouvez y acheter bon nombre de fruits secs, céréales ou légumineuses en vrac, au poids. Soit vous les versez dans une poche en papier, soit vous venez avec votre petit sac en coton que vous remplissez.

On n’en est pas encore aux liquides. Chez mes parents existait encore le bidon de lait en aluminium (qui ne servait plus depuis longtemps), cabossé, qu’on allait remplir chez le crémier ou à l’épicerie. On faisait bouillir le lait en rentrant. J’ignore la quantité de bactéries qui restait dans le bidon vide. Y faisait-on bouillir de l’eau ensuite pour l’assainir ?

Concrètement, pour beaucoup d’entre nous qui faisons nos courses sur le trajet de retour à la maison, faudrait-il emporter tous les matins nos sacs à céréales ou nos bidons à faire remplir le soir ?

7. Fabriquez vos produits d’entretien.
À la fin des années soixante-dix, je lisais comme une bible, le Dictionnaire de l’anti-consommateur, très précurseur. Croyez-moi, c’était une somme, mais passionnante.
En deux mots : vinaigre blanc, bicarbonate de sodium… Ajoutez-y du blanc d’Espagne, du savon de Marseille (voire du fiel de bœuf, mais là…) et de bons vieux produits de nos grands-mères. Non toxiques !

8. Utilisez des savons et shampooings solides.
Faites l’expérience, le vrai savon se rince bien mieux que les gels douche plein d’additifs. Pour le shampooing, je n’en ai jamais essayé ni vu vendre, mais je dilue toujours mon shampooing liquide, de sorte qu’il se rince mieux et laisse le cheveu plus léger.

Changer ses habitudes alimentaires ?

Il faudra donc renoncer aux plats à emporter ou à se faire livrer. Quotidiennement, cela signifie revenir à remplir tous les jours sa gamelle (disons sa lunchbox ou son bento pour faire plus glamour) avant de partir travailler. Pour les filles qui soignent leur ligne, c’est loin d’être insurmontable et elles en ont l’habitude, mais pour les autres ? Pour toute une famille, cela demande une organisation quasi militaire.

Quant à cesser de se faire livrer, c’est toute une économie nouvelle qui s’effondre. Comment les fameux “Millennials” s’en sortiront-ils ? Très bien : ils sortiront et se replieront sur le pub du coin de la rue. Mais les livreurs ?

Recyclage ou consigne ?

Pour finir, je voudrais soulever la question du bien-fondé du tri des matières recyclables.
Voilà qui me laisse très dubitative : le recyclage ne contribue-t-il pas à polluer encore davantage ? Je ne suis pas spécialiste, je n’ai pas de solution, mais j’ai de sérieux doutes.

En Allemagne, les bouteilles, en verre autant que celles en plastique, sont consignées. À l’entrée des grandes surfaces, les Allemands entrent leur bouteilles dans des appareils qui les nettoient et ils se voient restituer les quelques centimes de leur consigne. J’ai vu un appareil analogue dans un magasin Monoprix de Paris, mais un seul. C’est pourtant une voie à explorer…

Voilà tous ces points qui ne demandent qu’à être approfondis et qui méritent qu’on y réfléchisse encore sérieusement. Un long débat.

Le Guide de l’anti-consommateur, chez Seghers (et Le livre de Poche), par Dorothée Koechlin-Schwartz et Martine Grapas, 1975.
En vente d’occasion sur plusieurs sites (Rakuten, Amazon, eBay, etc.).

Voici l’affichette diffusée par Plastick Attack à travers les réseaux sociaux. Le message est assez efficace. Ce mouvement, né en 2018, près de Bristol, au Royaume-Uni, vise à responsabiliser la grande distribution sur la surconsommation de plastiques et d’emballages.
Le magasin Au Bout du champ de ma rue exhorte ses clients à renoncer aux sacs, même en papier, et à n’utiliser qu’un cabas pour tout. Retour soixante ans en arrière. Encore qu’on vous emballait les légumes au moins dans un journal, mais il n’y a plus guère de journaux.
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