Un film réalisé par Vérane Frédiani, produit et filmé par Franck Ribière.

“À la recherche des femmes chefs”, où sont les femmes ?

Éditorial - 05 juil. 17

C’est vrai, où sont-elles ? On ne peut nier que, hormis Ghislaine Arabian ou Hélène Darroze, avant Anne-Sophie Pic, peu de femmes chefs sont médiatisées. Ce remarquable documentaire, aux très belles images, tente de nous donner un début d’explication à ce phénomène. Les femmes resteraient-elles à la cuisine ? Un excellent reportage à ne pas manquer.

La documentariste Vérane Frédiani a enquêté dans les cuisines du monde entier, de la haute gastronomie à la “street food”, en passant par les écoles de cuisine où règnent assez grossièrement xénophobie et misogynie.
Toutes parlent intelligemment de leur métier, de leur abnégation pour exercer leur art, de leurs relations avec leurs collègues masculins, mais aucune ne prend le temps de communiquer et de travailler son image, tout simplement.

Seule Anne-Sophie Pic, chef trois étoiles, explique qu’elle a dû rependre, en 1995, l’affaire familiale qui, ayant perdu ses étoiles, risquait de péricliter. Elle témoigne néanmoins auprès du Journal du dimanche : “Le film m’a émue aux larmes car j’ai soudain compris que nous vivons toutes les mêmes choses. (…) Je travaille avec des hommes en cuisine, nous sommes complémentaires. (…) Je crois surtout que les hommes devraient se prononcer davantage sur notre travail. J’ai vu si peu de grands chefs venir goûter ma cuisine…” Une longue séquence la montre en train de créer un plat, de faire des essais, de le goûter, de recommencer jusqu’à la perfection. Aucun des hommes qui l’assistent ne douterait de ses propres doutes à elle.

On croise aussi des sommelières, dont une jeune Argentine pleine de charme, absolument bluffante dans son art et récompensée pourtant par de vrais machos. Mais elle garde le sourire, même en racontant que, dans le restaurant à trois étoiles où elle exerce, les clients lui demandent de leur envoyer le sommelier…

Alice Waters, cette Californienne adepte de la slow food et de la cuisine locale, développe longuement sa conception : les plats servis dans ses assiettes (dans son restaurant “Chez Panisse”, en hommage à Pagnol) sont composés de produits de saison uniquement, fraîchement livrés par les fermiers des environs.

Kamilla Seidler, jeune chef danoise, sacrée meilleur chef d’Amérique latine, est vénérée par sa brigade parce que, à la tête de Gustu depuis 2013, elle “aura fait plus pour la gastronomie de son pays adoptif en quelques années que n’importe quel autre chef local”, selon les organisateurs de l’événement du World’s 50 Best Restaurants. Son interview, sans militantisme aucun, est tout simplement passionnante de bon sens. Son rôle de femme dans la société consiste aussi à encourager l’économie locale.

Victoire Gouloubi, née au Congo-Brazzaville, étudiante en droit raconte son parcours pour assouvir sa passion et ce qu’il lui en a coûté. Reconnue par de multiples prix, elle dirige aujourd’hui les cuisines du restaurant d’un palace au pied des Alpes italiennes.

Et Jacotte Brazier, bien sûr, nous retrace l’histoire de sa grand-mère, la mère Brazier, et des “mères” lyonnaises du début du XXe siècle.

Mais pourquoi parle-t-on si peu des femmes en gastronomie ? Des journalistes culinaires tentent de répondre, notamment l’organisateur du festival Omnivore, ainsi qu’une journaliste gastronomique espagnole, très intéressante, pour qui les femmes ne font tout simplement pas vendre et n’attirent donc pas les annonceurs.
Le rédacteur en chef du site Atabula, lui, analyse sans détours la mainmise des hommes sur le monde la gastronomie. Notez que, sur 70 nouveaux primés, il n’y a eu qu’une femme nouvellement étoilée au Guide Michelin 2017.

En sortant de la salle de projection, vous ne verrez plus la gastronomie de la même façon…

À la recherche des femmes chefs, de Vérane Frédiani, images de Franck Ribière, Vérane Frédiani et Gerardo Campos, produit par Franck Ribière.

Dans les salles d’art et d’essai (6 à Paris) dans les villes moyennes et grandes.

Anne-Sophie Pic explique sa démarche et l’évolution au fil des années de sa créativité.
Kamilla Seidler, cette “Danoise des Andes”, a rendu aux Boliviens la fierté de leurs produits.

1 commentaires

Michelle 23 juil. 17

Un beau documentaire sur cette cuisine féminine. Je ne savais pas qu’il passait dans certaines salles. Merci pour l’information. Bon dimanche.

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